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Nombreux sont les constats qui évoquent une régression sociale, un déclin économique . voire la nécessité d'un sursaut. Les livres qui traitent de ce sujet sont trop nombreux pour pouvoir les citer sans en oublier .
Jacqueline de Romilly (Historienne, spécialiste des civilisations anciennes) « s'il n'y a pas de sursaut, nous allons vers une catastrophe et nous entrons dans une ère de barbarie. Il y a aujourd'hui un désintérêt et même un dédain pour la raison et les lumières ».
Situation actuelle de la France : déclin temporaire ou décadence irréversible ?
De nombreux livres et rapports ont établi un bilan critique de la situation de la France.
Le rapport de Michel Camdessus , ancien Directeur du Fonds Monétaire International, en 2004, souligne les signes les plus préoccupants : chômage élevé, inégalité, pauvreté. Il préconise l'augmentation du temps de travail, la formation, l'innovation. Il propose de simplifier l'embauche et de créer un contrat de travail unique.
Il souhaite un Etat plus efficace avec une évaluation des politiques publiques.
Le rapport Jacques Delors , Président du Conseil, de l'Emploi, des Revenus et de la Cohésion sociale (CERC) met en lumière les discriminations, les disparités de revenus et de patrimoine, les inégalités territoriales, l'insécurité de l'emploi, les retards technologiques et la pauvreté. Il demande de simplifier les aides à l'emploi et les décisions administratives.
Il préconise l'évaluation des politiques publiques et la réforme de la formation professionnelle.
Le rapport de Pierre Cahuc et Francis Kramarz du 2 décembre 2004, c hercheurs au CRES stigmatise le sentiment d'insécurité, la précarité et l'exclusion et préconise des dérèglementations et un contrat de travail unique.
Le rapport de Raphaël Hadas-Lebel , Président de la section sociale du Conseil d'Etat publié le 3 mai 2006 demande de réhabiliter le rôle des syndicats à ce jour insuffisamment représentatif. Il suggère notamment de revoir les critères de représentation dans les PME et de simplifier le dispositif actuel.
Le rapport de Dominique Chertier , en date du mars 2006 préconise de réduire le nombre d'instances consultatives et d'associer systématiquement les partenaires sociaux pour tout projet relatif aux relations de travail et à l'emploi.
Le rapport Pébereau , le 14 décembre 2005, avait pointé le déficit structurel des administrations publiques : 1 100 milliards d'euros à la fin 2005, auxquels s'ajoutent 800 à 1 000 milliards
d'engagements sur les retraites des agents publics. Il préconisait naturellement de réduire les dépenses, d'affecter les recettes exceptionnelles au désendettement, d'évaluer les politiques publiques mais aussi de ne pas diminuer les impôts.
Tous ces constats, comme d'autres non mentionnés ici, illustrent le chemin à parcourir comme de nombreux livres parus à ce sujet.
Mais que faire de ces constats dès lors que les remèdes proposés ne pourront être appliqués au corps malade sans changer les hommes, les règles et les modes opératoires qui nous ont mis dans cette situation.
UN POINT ECLAIRE SUR NOTRE MODELE SOCIAL
« Il faut rendre le système plus efficace »
« On tire sur le modèle social français comme sur l'ambulance ! Il ne mérite ni l'indignité dont on le frappe, ni l'excès d'honneur. Mais un modèle qui laisse pendant vingt ans un pays avec 8 à 10 % de chômage en permanence ne marche pas ! Nous dépensons autant d'argent que des pays exemplaires en matière de protection sociale, les pays scandinaves, et notre efficacité en termes de réduction de la pauvreté et de l'exclusion se situe au niveau de celui qui dépense le moins dans ce domaine, la Grande Bretagne .
Il faut sortir d'un système où tout progrès passe par une augmentation des interventions publiques. Nous avons toujours eu l'habitude, quand un problème se pose, de nous demander ce que va faire l'Etat ? Et nous empilons des aides publiques sur d'autres aides publiques.
Les dispositifs sont coûteux et d'une grande complexité ! je pense que la France peut s'offrir un système de protection généreux à deux conditions : le rendre plus efficace, ce qui veut dire mieux cibler les soutiens pour combattre les vraies exclusions - quelles que soient leurs manifestations (logement, travail, formation, etc .) - et promouvoir le travail partout où il peut être promu de telle manière que la France produise plus. Ce qui lui permettra de relever son taux de croissance et de dépenser simultanément pour sa cohésion sociale et pour la préparation de son avenir, c'est-à-dire son entrée dans l'économie des connaissances. Cela suppose de réduire les charges publiques qui ne sont pas les plus indispensables et d'éviter le recours à l'endettement. Une chose est sûre : nous ne pouvons plus continuer comme ça. Dans les cinq années qui viennent, soit nous allons vers le renouveau, soit nous nous acheminons vers l'implosion ».
Michel Camdessus
Président des Semaines sociales de France
Ancien Président du Fonds monétaire international,
auteur de Lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle
2.2 L'examen des statistiques confirme les difficultés de notre pays et son recul dans les classements internationaux
La croissance de notre production intérieure depuis plus de 10 ans est faible (1,5 % en moyenne hors inflation contre 2,5 % pour l'union européenne et les Etats-Unis).
Déflateur de PIB, croissance annuelle en pourcentage 1991-2004
Le pourcentage de formation brute de capital fixe par rapport au PIB est en recul et reste sensiblement inférieur à la moyenne de l'OCDE.
Formation brute de capital fixe, en pourcentage de PIB
Les investissements étrangers en France sont relativement faibles (16 ème position) alors que les investissements français à l'étranger sont sensiblement plus importants (6 ème rang).
Stock d'IDE, en pourcentage de PIB 2003
La France consacre un peu plus de 2 % de son produit intérieur brut annuel à la recherche, ce qui la place au 12 ème rang mondial, en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE (2,3 %).
Dépense intérieure brute de recherche et de développement, en pourcentage de PIB 2004, ou dernière année disponible.
Le taux de chômage de la population active en France s'est chiffré à 10 % en moyenne de 1995 à 2004, ce qui la place au 6 ème rang , derrière la Grèce et l'Espagne mais devant les grands, les Etats-Unis (5 %), le Royaume Uni (6 %) et même l'Allemagne (8 %) malgré la réunification.
Taux de chômage standardisé : total , en pourcentage de la population active civile, moyenne 1995-2004.
Et pourtant, la France consacre 28 % de son produit intérieur brut à ses dépenses sociales, ce qui la place au 3 ème rang derrière la Suède et le Danemark pourtant relativement bons élèves pour le chômage (7 % et 5 %).
Dépenses sociales publiques, en pourcentage de PIB 2001
Le déficit des administrations publiques représentait de 2002 à 2004 plus de 3 % du produit intérieur brut, soit légèrement au-dessus de la moyenne OCDE, mais sensiblement plus que la moyenne de la zone euro (2,8 %). Les recettes tirées de l'IRPP servent chaque année à payer les intérêts de notre dette.
Besoins capacité de financement des administrations publiques, en pourcentage de PIB, moyenne 2002-2004
Ce besoin de financement structurel depuis près de 30 ans se traduit par un endettement de l'Etat très important qui approche les 80 % du produit intérieur brut soit 1 200 milliards d'euros, voire plus de 2 000 milliards si l'on y ajoute les engagements à venir pour les retraites. La France est maintenant au 5 ème rang des pays endettés après la Belgique , la Grèce , l'Italie et le Japon. Au-delà de cette situation, c'est la montée incessante du niveau de la dette qui est préoccupante car elle montre une incapacité à enrayer ce processus alors même que le niveau de prélèvements obligatoires en France a atteint un plafond qui ne peut être dépassé sans démobiliser les acteurs économiques.
Engagements financiers bruts des administrations publiques, en pourcentage de PIB 2001